de abelf le 15 Mar 2008, 15:00
+ l'article du concert de Marseille
JENIFER, PEUT MIEUX FAIRE
Chanson. 4 000 âmes hier soir au Dôme de Marseille pour un show d’1h30, sagement et gentiment télévisuel, où le volcan ne s’éveilla qu’avant le rappel. Décevant, forcément.
C’est comme un cadeau qui nous semblerait évident, mais qu’on ne nous donne pas. Comme un geste espéré, mais qui ne vient jamais. Jenifer, dont on voudrait oublier qu’elle est sortie d’un télé-crochet, c’est un peu ça : une élégance naturelle, un regard mutin, un timbre tout en finesse, une belle énergie.
Et quand elle descend doucement des cintres, prisonnière d’une cage en cerceaux de lumière, accompagnée par un mini big-band au son très pop-sixties, gainée de cuir ou de latex, on se dit que, cette fois, la chanteuse stagiaire d’hier semble avoir pris en maturité, en aplomb, en substance.Jenifer en concert, le 14 au Zénith de Toulon, le 18 au Zénith de Montpellier…
Des illusions vite dissoutes. Ca se pointe, Touche-moi : l’indigence des paroles évacuée, l’acoustique déplorable amnistiée, il reste quoi ? Une petite Niçoise sympathique, heureuse « d’être dans le sud », entourée de musiciens aguerris mais pas renversants, et de deux choristes d’une insipidité rare (on apprendra par la suite que l’une d’elle a une excuse : elle est violoncelliste…). Puis, un Tourner ma page gentiment reggae, Nos futurs gentiment rougeoyants, Au Soleil transformé gentiment en A Marseille, et encore une ballade, Quitte à se quitter, gentiment larmoyante, un Parfum gentiment oriental, etc. De jolies chansons, pour certaines.
Mais bon.
Le tout avec les mêmes arrangements que sur l’album. Et dans la même ambiance qu’à la télé. C’est ça : télévisuel, avec des gradins aussi sages que le salon de papa-maman, à peine émoustillés par les déhanchés faussement provocs de la demoiselle. Télévisuel, et téléguidé, aussi, à l’instar de ce Donne-moi du temps sous une pluie d’étoiles, ou de ce medley acoustique (Ma révolution avec poing levé. J’attends l’amour qui finit en Je t’aime). Téléguidé enfin, Le souvenir de ce jour avec caméscope à bout de bras, gadget scénique désormais usé jusqu’à la corde. L’acoustique déplorable fera son retour, sur la reprise, I want to take you higher de Sly & the Family Stones, achevée en bouillie -allez compulser l’original sur youtube, and make the difference…
Ce ne sera que sur le sautillant Comme un hic et, surtout, sur l’excellent Si c’est une île, que la jeune femme aura un peu de tripes, et le spectateur non fanatisé un assez bon trip.
Mais c’est trop tard : le rappel en piano-voix (et robe meringue grise) et le départ dans sa grande boule sur Lunatique, ne donna pas franchement de frisson. « Volcanique », « dangereuse », semble-t-elle espérer dans les paroles de cette chanson. Pour ça, il faudra s’émanciper des lissages TF1-NRJ, de la course aux MusicAwards et de la drague aux ados. Se dégager des conseils aseptisés et des stratégies audimateuses. En deux mots, se lâcher.
DENIS BONNEVILLE
Photo LAURENT SACCOMANO
lamarseillaise.coM